AccueilLe ChâteauHistorique

Historique du Château

CHÂTEAU D’AVULLY (Brenthonne) Histoire d’un château en Chablais

  
Au centre du village de Brenthonne, une route vous conduit au vieux Château d’Avully. Située au bas des pentes des Monts des Voirons, cette ancienne maison forte a probablement été construite sur les ruines d’une villa gallo-romaine du Ier siècle, comme en attestent les nombreux tessons retrouvés dans le sol lors de sa restauration.
 
La famille d’Avully est mentionnée dès 1172. Elle dépendait alors des Sires de Faucigny et, dans les actes les plus anciens, elle est désignée sous le nom «Avullier», «De Vullie», «De Wullie» ou encore «Davyllie», qui signifie «le rucher».
 
Au cours des XIIème et XIIIème siècles, le territoire du Chablais était partagé entre quelques familles féodales. Le Prince évêque de Genève exerçait son épiscopat sur toute la rive gauche du Lac Léman. Son autorité administrative s’étendait de Genève au Bouveret et son diocèse était partagé en 8 décanats, dont celui des Allinges où se trouvait naturellement le château des Allinges, mais aussi ceux d’Avully, de la Rochette, de Buffavent et de Coudrée. Le Chablais était aussi placé sous l’autorité de nombreux seigneurs : les Comtes de Genève, les Sires de Faucigny et les Comtes de Savoie.
 
En 1257, on cite Namtelme, fils du Chevalier Guichard d’Avully, famille vassale du Seigneur de Langin, dont la maison forte se situe au pied des Voirons , au sommet de la colline dont il reste une tour restaurée et quelques remparts. C’est en 1335 que le Comte de Savoie ordonne au Seigneur d’Avully de fortifier sa maison qui, se trouvant en plaine, est mal défendable. En 1362-63, le Seigneur d’Avully participe à la croisade savoyarde. Ne lit-on pas que Jean d’Avully prendra part à l’expédition du Comte Vert de Savoie, en direction de Gallipoli, verrou des Dardanelles, pour défendre son cousin l’Empereur de Byzance ?
 
Au début du XVème siècle, Jeanne d’Avully est citée avec son frère Humbert, comme faisant partie des personnages reçus à la Maison de Savoie à Ripaille. Humbert d’Avully était, en 1391, homme lige du Comte Rouge, Amédée VII. La vie alors menée par la noblesse de cour, ainsi que ses visées ambitieuses, n’allait pas sans luxe, ni sans nécessiter de grands besoins d’argent.
 
Avec Humbert d’Avully, la famille de Boëge entre dans l’histoire d’Avully ; il épouse en effet Françoise, fille de Pierre de Boëge et, en 1412, il nomme sa fille héritière universelle. Parmi les exécuteurs testamentaires figurent Pierre de Balleyson, Guigon de Rovorée. La fille de Jean de Rovorée-Avully, Philiberte, épousa Noble Georges d’Antioche, Seigneur d’Yvoire, co-Seigneur de Nernier. C’est elle qui, le 11 mars 1499, vendit le château ainsi que ses terres et dépendances pour 8000 florins à Boniface de Saint Michel, originaire de Genève. L’acte fut signé au château d’Yvoire, seigneurie des Rovorée.
 
Ce sont les Saint Michel qui, en faisant de grands travaux, donnèrent son aspect définitif au château, puisque celui-ci ne subit plus de modifications après leur disparition, au début du XVIIIème siècle. C’est également la famille de Saint Michel qui marque le plus l’histoire du château, en raison notamment de la personnalité d’Antoine de Saint Michel, de ses relations avec les bernois, Genève, Théodore de Bèze, François de Sales, le pape et Marguerite d’Autriche.
 
Selon Galiffe, historien genevois, les Saint Michel étaient une vieille famille genevoise. C’est en 1386 que Michel de Saint Michel fut reçu Bourgeois de Genève. On pense qu’ils étaient banquiers et finançaient des expéditions maritimes allant chercher des épices au Moyen-Orient, du sucre à Chypre. Les gains étaient proportionnels aux risques, c’est-à-dire énormes.
 
Le Comte de Foras, dans son armorial de Savoie, écrit que les Saint Michel devinrent protestants au début de la réforme, probablement par mariage avec une riche héritière bernoise, de la famille de Watteville. François de Saint Michel, dit l’Espagnol, fut conseiller de Genève en 1519. Sa femme, Marguerite, était selon une chronique de Bonivard, espagnole ou portugaise. Elle fut « capitaine » des amazones, toutes filles de nobles familles qui reçurent à Genève, le 4 août 1523, la Princesse Béatrice du Portugal, épouse de Charles III, Duc de Savoie. Ces amazones se rendirent, selon la chronique de l’époque, au nombre de 300, armées de dards et de boucliers d’argent, au château d’Avully où eurent lieu de grandes fêtes.
 
Le personnage le plus intéressant et marquant fut Antoine de Saint Michel. Protestant et Président du Consistoire de Thonon, il se convertit au catholicisme après quatre années de discussion avec François de Sales ; il tenta l’impossible pour que cessent les luttes fratricides et que revienne la paix religieuse. Ce haut personnage, original, intelligent, ambitieux et turbulent s’attira les colères des Genevois et sa tête fut mise à prix dès sa conversion connue.
 
Pour se faire une idée de l’activité d’Antoine de Saint Michel, devenu «Baron d’Hermance et d’Avully », il convient de relire quelques lignes de l’historien Alain Duffour (Guerres de Genève 1589-1593 – Edition Julien 1958) :
 
« Genevois et Bernois avaient entrepris ces guerres pour arracher au Duc de Savoie quelques territoires, gage d’une « bonne paix » (...). Antoine de Saint Michel entre en scène. Il se montre digne de capter la confiance des Bernois et des Genevois. Il était protestant et apparenté par sa mère aux Watteville, grande famille bernoise. Déjà, en 1580, il avait servi d’intermédiaire entre le Duc de Savoie, son maître, et Genève. Le Baron d’Avully propose au Duc de Savoie l’arbitrage des Suisses ; il intrigue à Fribourg, Berne, en mai 1589. A Zurich et à Lucerne, on refuse de le recevoir. Il propose donc au Duc de Savoie de s’entendre avec les Bernois et les Français, qui soutiennent Genève contre la Savoie. On constate que le personnage est bivalent et qu’il ne se gêne pas beaucoup pour placer ses pions dans un camp comme dans l’autre, l’essentiel étant pour lui de vendre sa récolte, son vin et son blé, car il était grand propriétaire terrien. « Quel comédien ! » s’écrie Duffour et « il savait bluffer ». Français, Bernois et Genevois, qui depuis 25 ans pillaient et brûlaient tous les châteaux savoyards, avaient toujours épargné Avully. Dès qu’il fut devenu catholique, leur attitude changea et le château fut attaqué pendant trois jours en mai 1603. Résistant victorieusement aux assauts répétés, les assaillants durent se retirer avec leurs morts et leurs blessés et d’après le registre genevois, 14 vaches et 40 moutons.
 
Revenons à la conversion au catholicisme du Baron d’Avully. Cette conversion, qui entraînera celle des nobles du Chablais, fut l’œuvre de François de Sales, autre personnalité qui s’employait dès 1594 à ramener le Chablais au catholicisme. Influencé par ses paroles, mais aussi en raison de ses intérêts, Antoine de Saint Michel abjura le protestantisme à Turin, le 26 août 1596, devant le nonce apostolique.
 
Théodore de Bèze, calviniste et ami jusque là du Baron d’Avully, devint furieux à l’annonce de sa conversion et lui adressa les plus vifs reproches. En réponse, le seigneur publia à Lyon en 1602, une lettre intitulée : « Armes offensives et défensives contre les calvinistes ». Antoine de Saint Michel s’éteignit en 1610. L’échec de l’escalade de Genève repoussa au-delà des Alpes les ambitions et les intérêts de la Maison de Savoie.
 
Les seigneurs d’Avully n’occupèrent leur demeure que pendant la belle saison, le reste du temps étant passé à la cour de Turin où richesses, honneurs et postes importants leur furent octroyés. Antoine de Saint Michel saura conserver à sa maison son rang de somptueuse résidence, servie et entretenue par de nombreux serviteurs.
 
Après la famille de Saint Michel, le château passa en d’autres mains, celles des Scaglia par héritage et des Ferrod de Sarres par rachat. En mars 1756, il fut acheté par François de Sales, seigneur de Brens, dont une des maisons fortes se situe au pied de la colline de Langin. Il resta dans cette famille jusqu’en 1896, date à laquelle il fut vendu aux Mouchet, de Saxel, gros marchands de bois.
 
Pendant la révolution, le château doit à la municipalité de Brenthonne d’avoir échappé à une destruction totale. En effet, grâce au peu d’empressement de celle-ci à exécuter les ordres des révolutionnaires, il put conserver ses tours, mais son donjon fut décapité et les fossés comblés. Il faut signaler que le maire, Guarin Lacroix, ancêtre du propriétaire actuel, y habitait avec sa famille en tant que fermier. Le comte de Foras note qu’en 1860, les archives d’Avully étaient très complètes et magnifiquement tenues. Malheureusement, le fermier de l’époque, sommé de quitter les lieux, les brûla intégralement. De fermiers en fermiers, sans aucun entretien, ruiné et solitaire, malmené par les vandales, visité par les amateurs de vieilles pierres, servant de carrière, il parvint jusqu’à nous à l’état de ruine.
 
Après 44 années de travaux, le Château d’Avully retrouva l’aspect qui fut le sien au temps où Louis de Savoie résidait au Château de Ripaille, où Jean de Vernay, où Guillaume d’Allinges, Baron de Coudrée, séjournaient dans le château fort de la Rochette ...
 
Cette réhabilitation n’aurait pas été possible sans le soutien éclairé de nombreux amis de l’histoire de Savoie, en particulier :
 
  •  M. Henri Baud, Sous Préfet,
  •  le Dr Jacques Miguet ,
  • le Professeur Tanner (Université de Genève),
  •  M. Charles Bonnet, Archéologue Cantonal,
  •  M. Michaud, Architecte des Monuments Historiques.
  •  le Conseil Général de la Haute-Savoie,
  • Mme Joséphine Bel et sa fille Yvonne.
Sans oublier, bien sûr, les Compagnons du Devoir : tailleurs de pierre, maçons, charpentiers, ouvriers spécialisés, etc, qui, tous, dans l’esprit de leurs prédécesseurs du Moyen-Âge, eurent à cœur de réaliser de «la belle ouvrage» ... Merci.
 
Tél : +33/(0)4 50 36 11 59   -  Mentions légales - Contact -  Partenaires -  Réalisé par BOONDOOA Créationsfacebook